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Philosophie et modernité : repenser les outils philosophiques de l'aliénation, du corps et de la politique
Maxime Faure
I) L’ALIÉNATION
1/Marx, Les manuscrits de 1844, éd. Sociale, 1972, p. 60 sqq.
Or, en quoi consiste l’aliénation du travail ?
D’abord, dans le fait que le travail est extérieur à l’ouvrier, c’est-à-dire qu’il n’appartient pas à son essence, que donc, dans son travail, celui-ci ne s’affirme pas mais se nie, ne se sent pas à l’aise, mais malheureux, ne déploie pas une libre activité physique et intellectuelle, mais mortifie son corps et ruine son esprit.
En conséquence, l’ouvrier n’a le sentiment d’être auprès de lui-même qu’en dehors du travail et, dans le travail, il se sent en dehors de soi. Il est comme chez lui quand il ne travaille pas et, quand il travaille, il ne se sent pas chez lui.
Son travail n’est donc pas volontaire, mais contraint, c’est du travail forcé.
Il n’est donc pas la satisfaction d’un besoin, mais seulement un moyen de satisfaire des besoins en dehors du travail. Le caractère étranger du travail apparaît nettement dans le fait que, dès qu’il n’existe pas de contrainte physique ou autre, le travail est fui comme la peste. Le travail extérieur, le travail dans lequel l’homme s’aliène, est un travail de sacrifice de soi, de mortification.
Enfin, le caractère extérieur à l’ouvrier du travail apparaît dans le fait qu’il n’est pas son bien propre, mais celui d’un autre, qu’il ne lui appartient pas, que dans le travail l’ouvrier ne s’appartient pas lui- même, mais appartient à un autre. [...] L’activité de l’ouvrier n’est pas son activité propre. Elle appartient à un autre, elle est la perte de soi-même.
On en vient donc à ce résultat que l’homme (l’ouvrier) ne se sent plus librement actif que dans ses fonctions animales, manger, boire et procréer, tout au plus encore dans l’habitation, qu’animal. Le bestial devient l’humain et l’humain devient le bestial. [...]
Nous avons considéré l’acte d’aliénation de l’activité humaine pratique, le travail, sous deux aspects : Premièrement, le rapport de l’ouvrier au produit du travail en tant qu’objet étranger et ayant barre sur lui. Ce rapport est en même temps le rapport au monde extérieur sensible, aux objets de la nature, monde qui s’oppose à lui d’une manière étrangère et hostile.
Deuxièmement, le rapport du travail à l’acte de production à l’intérieur du travail. Ce rapport est le rapport de l’ouvrier à sa propre activité en tant qu’activité étrangère qui ne lui appartient pas, c’est l’activité qui est passivité, la force qui est impuissance, la procréation qui est castration, l’énergie physique et intellectuelle propre de l’ouvrier, sa vie personnelle - car qu’est-ce que la vie sinon l’activité - qui est activité dirigée contre lui-même, indépendante de lui, ne lui appartenant pas. L’aliénation de soi comme, plus haut, l’aliénation de la chose.
2/H. Bergson, « La conscience et la vie » (1911), dans L’énergie spirituelle.
Si, comme nous le disions, la conscience retient le passé et anticipe l'avenir, c'est précisément, sans doute, parce qu'elle est appelée à effectuer un choix : pour choisir, il faut penser à ce qu'on pourra faire et se remémorer les conséquences, avantageuses ou nuisibles, de ce qu'on a déjà fait ; il faut prévoir et il faut se souvenir. Mais d'autre part, notre conclusion nous fournit une réponse plausible à la question que nous venons de poser : tous les êtres vivants sont-ils des êtres conscients, ou la conscience ne couvre-t-elle qu'une partie du domaine de la vie ?
Si conscience signifie choix, et si le rôle de la conscience est de se décider, il est douteux qu’on rencontre la conscience dans des organismes qui ne se meuvent pas spontanément et qui n’ont pas de décision à prendre. À vrai dire, il n’y a pas d’être vivant qui paraisse tout à fait incapable de mouvement spontané. Même dans le monde végétal, où l’organisme est généralement fixé au sol, la faculté de se mouvoir est plutôt endormie qu’absente : elle se réveille quand elle peut se rendre utile. Je crois que tous les êtres vivants, plantes et animaux, la possèdent en droit ; mais beaucoup d’entre eux y renoncent en fait — bien des animaux d’abord, surtout parmi ceux qui vivent en parasites sur d’autres organismes et qui n’ont pas besoin de se déplacer pour trouver leur nourriture, puis la plupart des végétaux : ceux-ci ne sont-ils pas, comme on l’a dit, parasites de la terre ? Il me paraît donc vraisemblable que la conscience, originellement immanente à tout ce qui vit, s’endort là où il n’y a plus de mouvement spontané, et s’exalte quand la vie appuie vers l’activité libre. Chacun de nous a d’ailleurs pu vérifier cette loi sur lui-même. Qu’arrive-t-il quand une de nos actions cesse d’être spontanée pour devenir automatique ? La conscience s’en retire. Dans l’apprentissage d’un exercice, par exemple, nous commençons par être conscients de chacun des mouvements que nous exécutons, parce qu’il vient de nous, parce qu’il résulte d’une décision et implique un choix; puis, à mesure que ces mouvements s’enchaînent davantage entre eux et se déterminent plus mécaniquement les uns les autres, nous dispensant ainsi de nous décider et de choisir, la conscience que nous en avons diminue et disparaît. Quels sont, d’autre part, les moments où notre conscience atteint le plus de vivacité ? Ne sont-ce pas les moments de crise intérieure, où nous hésitons entre deux ou plusieurs partis à prendre, où nous sentons que notre avenir sera ce que nous l’aurons fait ? Les variations d’intensité de notre conscience semblent donc bien correspondre à la somme plus ou moins considérable de choix ou, si vous voulez, de création, que nous distribuons sur notre conduite. Tout porte à croire qu’il en est ainsi de la conscience en général. Si conscience signifie mémoire et anticipation, c’est que conscience est synonyme de choix.
3/Exemple moderne : Chatonsky La triple immersion : réalité virtuelle, monde ambiant et cerveau (Gregory Chatonsky). Youtube
4/Simondon, Du mode d’existence des objets techniques
Le processus de concrétisation
Au contraire, l’objet technique concret, c’est-à-dire évolué, se rapproche du mode d’existence des objets naturels, il tend vers la cohérence interne, vers la fermeture du système des causes et des effets qui s’exercent circulairement à l’intérieur de son enceinte, et de plus il incorpore une partie du monde naturel qui intervient comme condition de son fonctionnement, e fait ainsi partie du système des causes et des effets. Cet objet, en évoluant, perd son caractère d’artificialité : l’artificialité essentielle d’un objet réside dans le fait que l’homme doit intervenir cet objet dans l’existence en le protégeant contre le monde naturel, en lui donnant un statut à part d’existence. L’artificialié n’est pas une caractéristique dénotant l’origine fabriquée de l’objet par opposition à la spontanéité productrice de la nature : l’artificialité est ce qui est intérieur à l’action artificialitsante de l’homme, que cette action intervienne sur un objet naturel ou sur une objet entièrement fabriqué ; une fleur obtenue en serre chaude et qui ne donne que des pétales, fleur double), sous pouvoir engendré de fruit, est la fleure d’une plante artificalisée ; l’homme a détournée les fonctions de cette plante de leur accomplissement cohérent, si bien qu’elle ne peut plus se reproduire que par des procédés tels que le greffage, exigeant intervention humaine. L’artificalisation d’un objet naturel donne des résultats opposés à ceux de la concrétisation technique : la plante artificialisée ne peut exister que dans ce laboratoire pour végétaux qu’est une serre , avec son système complexe de régulations thermiques et hydrauliques. Le système primitivement cohérent ds fonctionnements biologiques s’est ouvert en fonctions indépendants les unes des autres, rattachées seulement par les soins du jardinier; la fleuraison est devenue une floraison pure, détachée, atomique; la plante fleurit jusque’à épuisement, sans produire de graines. Elle peut ses capacités initiales de résistance au froid, à la sécheresse, à l’insolation; les régulations de l‘objet primitifs deviennent les régulations de la serre. L’arficialisation est un processus d’abstraction dans l’objet artificialisé.
5/ Ibid, Evolution de la réalité technique
Tout ensemble technique n’est pas nécessairement la forme stable de l’usine ou de l’atelier. Par contre, il me semble que les civilisations non-industrielles se distinguent surtout des nôtres par l’absence d’individus technique. Cela est vrai si l’on entend que ces individus techniques n’existent que matériellement de façon stable et permanente ; toutefois, la fonction d’individualisation technique assumée par des individus humains ; l’apprentissage au moyen duquel un homme forme ses habitudes, des gestes, des schèmes, d’action qui lui permettent de servir des outils très variés que la totalité d’une opération exige pousse cet homme à s’individualiser techniquement; c’est lui qui devient milieu associé des divers outils; quand il a tous les outils bien en main, quand il sait le moment où il faut changer d’outils pour continuer le travail, ou employer deux outils à la fois, il assure par son corps la distribution interne de l’autorégulation des taches. Dans certains cas, l’intégrons des individus techniques dans l’ensemble se fait par l’intermédiaire d’une association d’individus humains travaillant par deux, par trois, ou en groupes plus vastes; quand ces groupements introduisent pas de différenciations fonctionnelle, ils ont seulement pour fin directe d’accroitre énergie disponible ou la rapidité du travail ; mais quand il font appel à une différenciation, ils montrent bien la genèse d’un ensemble à partir de d’hommes employés comme individus techniques plus que comme individus humains : tel était le perçage au moyen de la tarière à archet décrite pr les auteurs de l’antiquité classique ; tel est encore de nos jours l’abattage de certains arbres ; tel était il y a peu de temps, de manière très courante, le sciage de long dessiné à faire des places de chevrons; deux hommes tavellent ensemble, en rythme alterné. Ceci explique que, dans certains cas, l’individualité humaine puisse être employée fonctionnellement comme support de l’individualité technique. Or, les machines sont en réalité très peu semblables à l’homme, et même quand elles elles fonctionnent de manière à produire des résultats comparables, il est très rare qu’elles emploient des procédés identiques à ceux du travail de l’homme individuel. En fait, l’analogie est le plus souvent très extérieure. Mais, si l’homme ressent souvent une frustration devant la machine, c’est parce que la machine le remplace fonctionnellement en tant qu’individu ; la machine remplace l’homme porteur d’outils. Dans les ensembles techniques des civilisations industrielles, les postes où plusieurs hommes doivent travailler en un étroit synchronisme deviennent plus rares que par le passé, caractérisé par le niveau artisanal. Au contraire, au niveau artisanal, il est très fréquent que certains travaux exigent un groupement d’individus humains ayant des fonctions complémentaires : pour ferrer un cheval, il fait un homme qui tienne le pied du cheval et un autre qui mette le fer, puis le cloue. Pour bâtir, le mâcon avait son aide, le goujat. Pour battre au fléau, il faut posséder une bonne perception des structures rythmiques, qui synchronisent les mouvements alternés des membres de l’équipe. Or, on ne peut affirmer que ces sont les aides seuls qui ont été remplacé par des machines, et on pourrait définir la machine comme ce qui porte ses outils et les dirige. L’homme dirige ou règle la machine porteuse d’outils ; il réalise des groupements de machines mais ne porte pas les outils, la machine accompli bien le travail central, celui du maréchal ferrant et non celui de l’aide; l’homme dégagé de cette fonction d’individu technique qui est la fonction artisanale par essence, peut devenir organisateur de l’ensemble des individus techniques , soit aide des individus techniques : il graisse, il nettoie, enlève débris et bavures, c’est-à-dire joue le rôle du’n auxiliaire, à certains égards ; il fournis la machine en élément changeant la courroie, affutant le foret ou l’outil de tour. Il a donc, en ce sens, un rôle au dessus de l’individualité technique, et un autre rôle au-dessus : servant et régleur, en s’occupant du rapport de la machine aux éléments et à l’ensemble; il est organisateur des relions entre les niveaux techniques, au lieu d’être lui-même un des niveaux techniques, comme l’artisan. Pour cette raison, un technicien adhère moins à sa spécialisation professionnelle qu’un artisan.
6/ Ibid,Livre 2 Chapitre 2, Problèmes actuels
Le dialogue du capital et du travail est faux parce qu’il est au passé. La collectivisation des moyens de production ne peut opérer une déduction de l’aliénation par elle-même; elle ne peut l’opérer que si elle est la condition préalable de l’acquisition par l’individu humain de l’intelligence de l’objet technique individué. Cette relation de l’individu humain à l’individu technique est plus délicate à former. Elle suppose ne culture technique, qui introduit la capacité d’attitudes différentes de celles du travail et de l’action (le travail correspondant à l’intelligence des éléments et l’action à l’intelligence des ensembles). Travail et action ont en commun la prédominance de la finalité sur la causalité dans les deux cas, l’effort est orienté vers un certain résultat à obtenir; l’empli ds moyens est orienté vers un certain résultat à obtenir; l’empli des moyens est dans ne situation de minorité par rapport au résultat ; le schème d’action compte moins que le résultat de l’action. Dans l’individu technique au contraire, ce déséquilibre entre causalité et finalité disparait, la machine est extérieurement faire pour obtenir un certain résultat; le fonctionnement est finalisé par rapport à lui-même avant de l’être par rapport au monde extérieur. Tel est l’automatisme de la machine, et telle est son auto-régulation : il.y a, au niveau des régulations, fonctionnement, et non uniquement causalité ou finalité; dans le fonctionnement auto-régulé, toute causalité a un sens de finalité, et toute finalité un sens de causalité.
7/ Ibid, Introduction livre 3
La technicité se manifestas par l’emploi d’objets peut être conçue comme apparaissant dans une structuration qui résout provisoirement les problèmes posés par la phase primitive et originelle du rapport de l’homme au monde . On peut nommer celle première phase phase magique, en persan ce mot au sens le plus générale, et en considérant le mode magique d’existence comme celui qui est pré-technique et pré-religieux, immédiatement au-dessus d’une relation qui serait simplement celle du vivant à son milieu. Le mode magique de relation au monde ‘est pas dépourvu de toute organisation : il est au contraire riche en organisation implicite, attachée au monde et à l’homme : la médiation entre l’homme et le monde n’y est pas encore concrétisée et constituée à part, a moyen d’objets ou d’âtres humains spécialisées mais elle existe fonctionnellement dans une première structuration, la plus élémentaire de toutes : celle qui fait surgir la distinction entre figure te fond dans l’univers. La technicité apparait comme structure résolvant une incompatibilité : elle spécialise les fonctions figurâtes, pendant que les religions spécialisent de leur coté les fonctions de fond ; l’univers magique originel, riche en potentiels, se structure en se dédoublant. La technicité apparait comme l’un des deux aspects d’une solution donnée au problème de la relation de l’homme au monde, l’autre aspect simultané et corrélatif étant l’institution des religions définies. Or, le devenir ne s’arrête pas à la découverte de la technicité ; de solution, la technicité devient ç nouveau problème quand elle reconstitue un système par l’évolution qui mène à des objets techniques aux ensembles techniques ; l’univers technique se sature puis se sursature à son tour, en même temps que l’univers religieux, comme l’avait fait l’univers magique. L’inhérence de la technicité aux objets techniques est provisoire; elle ne constitue qu’un moment du devenir génétique.
II) LE CORPS
8/ Descartes, Principes de philosophie, IV, 203
Je ne reconnais aucune différence entre les machines que font les artisans et les divers corps que la nature seule compose, sinon que les effets des machines ne dépendent que de l’agencement de certains tuyaux, ou ressorts, ou autres instruments, qui, devant avoir quelque proportion avec les mains de ceux qui les font, sont toujours si grands que leurs figures et mouvements se peuvent voir, au lieu que les tuyaux ou ressorts qui causent les effets des corps naturels sont ordinairement trop petits pour être aperçus de nos sens. Et il est certain que toutes les règles des mécaniques appartiennent à la physique, en sorte que toutes les choses qui sont artificielles, sont avec cela naturelles. Car, par exemple, lorsqu’une montre marque les heures par le moyen des roues dont elle est faite, cela ne lui est pas moins naturel qu’il est à un arbre de produire des fruits. C’est pourquoi, en même façon qu’un horloger, en voyant une montre qu’il n’a point faite, peut ordinairement juger, de quelques-unes de ses parties qu’il regarde, quelles sont toutes les autres qu’il ne voit pas : ainsi, en considérant les effets et les parties sensibles des corps naturels, j’ai tâché de connaître quelles doivent être celles de leurs parties qui sont insensibles.
9/ Haraway, Manisfeste Cyborg P152
Les machines pré-cybernétiques pouvaient être hantées ; il y a toujours eu dans la machine le spectre du fantôme. Ce dualisme a structuré le dialogue entre matérialisme et idéalisme mis en place par une enfant de la dialectique que l’on appelle esprit, ou histoire, selon les gouts. Mais au fond, les machines ne se déplacent pas toutes seules, elles ne s’auto-concevaient pas, n’avaient aucune autonomie. (…) Les machines de la fin du XXe siècle ont rendu profondément ambiguës la différence entre le naturel et l’artificiel, l’esprit et le corps, le développement autonome et la conception externe, et bien d’autres distinctions qui s’appliquaient autrefois aux organismes et aux machines.
(…)
La troisième distinction qui nous intéresse ici est un sous-ensemble de la deuxième : la frontière entre ce qui est physique et ce qui ne l’est pas devient très imprécise. Les livres de vulgarisation qui traitent des conséquences de la théorie des quanta et du principe d’indétermination sont à la science ce que les histoires d’amour de la collection Harlequin sont au changement radical que connait l’hétérosexualité lance américaine ; ils sont dans l’erreur, mais ils ont choisi le bon sujet. La micro-électronique constitue la quintessence des machines modernes, ses appareils sont partout, et invisibles. La machinerie moderne est un jeune dieu irrévérencieux qui ridiculise l’ubiquité et la spiritualité du Père. La puce en silicium est une surface d’écriture ; elle est gravée dans des couches moléculaires que seule le bruit atomique vient trouver, ultime distorsion pour partition nucléaire. Dans les histoire que l’occident raconte sur l’origine de la civilisation, l’écriture, le pouvoir et la technologie sont de vieux partenaires, mais la miniaturisation a transformé l’expérience que nos avons de ce mécanisme. La miniaturisation s’est révélée avoir trait avec au pouvoir, Small n’est plus si beautiful, le petit, celui que l’on trouve par exemple dans les missiles de croisière, apparait maintenant pré-éminemment dangereux. Comparez les postes de télévision des années 1950 ou les caméras des années 1970 avec les montres-télévision que l’on porte aujourd’hui au poignet ou les nouvelles vidéos qui tiennent dans une main. Nos meilleurs machines sont faites de soleil, tout légères propres car elles ne sont que des signaux, vagues électromagnétiques, section du spectre. Elles sont éminents portables, mobiles - un sujet d’immense douleur à Détroit et Singapour. Matériels et opaques, les gens sont loin de cette fluidité. Les sont éther, quintessence.
C’est justement leur ubiquité et leur invisibilité, qui font des cyborgs des machines meurtrières. Difficiles à voir matériellement, ils échappent aussi au regard politique. Ils sont trait à la conscience - ou sa simulation.
10/ http://www.implications-philosophiques.org/non-classe/negocier-avec-un-corps-virtuel/#_ftnref2
III) LA POLITIQUE CONTRE LE TEMPS
11/E. Durkheim, « La détermination du fait moral » dans Sociologie et philosophie, PUF, 2002.
Quand une règle est violée, il se produit généralement pour l’agent des conséquences fâcheuses pour lui. Mais parmi ces conséquences fâcheuses, nous pouvons en distinguer de deux sortes :
1/ Les unes résultent mécaniquement de l’acte de violation. Si je viole la règle d’hygiène qui m’ordonne de me préserver des contacts suspects, les suites de cet acte se produisent automatiquement, à savoir la maladie. L’acte accompli engendre de lui-même la conséquence qui en résulte et, en analysant l’acte, on peut par avance savoir la conséquence qui y est analytiquement impliquée;
2/ Mais quand je viole la règle qui m’ordonne de ne pas tuer, j’ai beau analyser mon acte, je n’y trouverai jamais le blâme ou le châtiment ; il y a entre l’acte et sa conséquence une hétérogénéité complète ; il est impossible de dégager analytiquement de la notion de meurtre ou d’homicide, la moindre notion de blâme, de flétrissure. Le lien qui réunit l’acte et sa conséquence est, ici, un lien synthétique.
J’appelle sanction les conséquences ainsi rattachées à l’acte par un lien synthétique. Ce lien, je ne sais pas encore d’où il vient, quelle est son origine ou sa raison d’être ; j’en constate l’existence et la nature sans aller présentement plus loin.
Mais nous pouvons approfondir cette notion. [...] Ce n’est pas la nature intrinsèque de mon acte qui entraîne la sanction. Celle-ci ne vient pas de ce que l’acte est tel ou tel, mais de ce que l’acte n’est pas conforme à la règle qui le proscrit. Et en effet, un même acte, fait de mêmes mouvements, ayant les mêmes résultats matériels sera blâmé ou non suivant qu’il existe ou non une règle qui le prohibe. C’est donc bien l’existence de cette règle et le rapport que soutient avec elle l’acte qui déterminent la sanction. Ainsi l’homicide, flétri en temps ordinaire, ne l’est pas en temps de guerre parce qu’il n’y a pas alors de précepte qui l’interdise. Un acte intrinsèquement le même, qui est blâmé aujourd’hui chez un peuple européen, ne l’était pas en Grèce, parce qu’en Grèce il ne violait aucune règle préétablie.
Nous sommes donc arrivés à une notion plus profonde de la sanction ; la sanction est une conséquence de l’acte qui ne résulte pas du contenu de l’acte, mais de ce que l’acte n’est pas conforme à une règle préétablie. C’est parce qu’il y a une règle, antérieurement posée, et que l’acte est un acte de rébellion contre cette règle, qu’il entraîne une sanction.
12/https://www.nice.fr/fr/securite/le-centre-de-supervision-urbain
Vidéo protection et vidéo verbalisation sont les grands axes du Centre Opérationnel de Commandement, situé au cœur de la ville ; c’est un outil partagé qui est mis à disposition des différents partenaires : Police nationale, gendarmerie, parquet, SDIS (réquisitions judiciaires)
Disposant d’une salle de réception d’appels d’urgence 53.53.53, d’une salle de commandement et de décision, d’un système de géolocalisation des équipages PM pour une coordination renforcée avec la police de l’Etat et une intervention immédiate de l’équipage le plus proche.
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Coordination des équipages sur le terrain pour renforcer les chances d’interpellation
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Suivi en temps réel des grandes manifestations
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Un Système de Vidéo Protection Intelligent qui permet de détecter automatiquement et en temps réel, tout comportement « anormal » (exemple : intrusion, colis suspect et attroupement.
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5368 interpellations PM grâce au CSU du 23/03/2010 au 16/07/2020 .
13/ Dubois de Prisque, Emmanuel. « Le système de crédit social chinois. Comment Pékin évalue, récompense et punit sa population », Futuribles, vol. 434, no. 1, 2020, pp. 27-48.
Les décisions de perte de points sont établies sur la base des informations obtenues par tous les moyens disponibles aux autorités : délation, vidéosurveillance, décisions de justice, réseaux sociaux (WeChat, application multifonction omniprésente en Chine), informations recueillies auprès des entreprises de transport, des entreprises de crédit, des banques, des systèmes de paiements dématérialisés (Alipay, de la société Alibaba), etc. Il existe aujourd’hui dans certaines municipalités, comme à Hangzhou, un lien entre le système d’évaluation du crédit de ses clients d’Alibaba via Alipay et le système d’évaluation de crédit municipal, bien que cette possibilité soit niée par Alibaba. La vidéosurveillance est particulièrement présente et efficace en Chine, non seulement en ville, mais aussi dans les zones rurales où elle supplée efficacement les forces de police. Un projet intitulé « Clarté de neige » doit être achevé en 2020 et vise à couvrir de caméras les moindres villages chinois pour parvenir à « une couverture géographique totale, une couverture temporelle totale, et un contrôle opérationnel total.