Cet article est une graine de philia, son sujet touche à la philosophie.
Etude philosophique du débat sur la notion de genre
Je vais essayer à travers cet article de vous présenter une manière d’interpréter les mouvements de pensée autour du concept de genre tel qu’il se présente dans la société. L’idée principale n’est pas ici de défendre un point de vue plus qu’un autre mais de chercher à déterminer la dynamique autour de ce concept, comment les débats autour de cette notion s’animent dans notre société. De comprendre les relations entretenues entres les différentes positons dans la société moderne. On vise ici à souligner le besoin auquel vient répondre les différents concepts de genres, le système de pensée qu’ils engagent et les limites qu’ils présentent. Il ne s’agit ici évidemment que d’un point vu sur le conflit qui vise à être renversé par les critiques. Sur ce, commençons.
La notion de genre dans sa définition classique comprend un homme et une femme, elle est étayée sur une vision scientifique du sexe. En effet il n’y a pas ici lieu d’établir une distinction entre le genre et le sexe de l’individu car ici le sexe désigne la même chose que le genre. L’identification du genre est alors quelque chose de simple et accessible à chacun parce qu’elle ne nécessite pas de connaissances approfondies contrairement à ce que présente la catégorisation des genres proposée par le mouvement LGBT+. Il est par ailleurs amusant de constater que le simple aperçut du nombre de genres proposés par la catégorisation LGBT+ suffit en soi à effrayer le public non renseigné, comme si la multiplication des possibilités de genre introduisait une perte de qualité dans chacun des genres proposés. Comme si dans un système à deux genres chaque genre avait un sens fort qui ne pouvait se retrouver avec la même qualité dans un système au nombre de genres plus étendu.
Enfin là n’était pas notre question. Le genre en tant qu’il est relié au sexe de l’individu est identifié à partir d’une caractéristique que nous nommons objective car elle relève de la dimension physique et qu’elle est de ce fait observable de tous. C’est parce que nous observons la présence d’organes caractéristiques féminins ou masculins chez un individu que nous disons de lui qu’il est homme ou femme. Ce critère exclut la dimension intérieure du sujet pour se concentrer sur son extériorité, il exclut son psychisme. Cela a pour effet que l’individu ne peut pas être acteur dans la détermination de son sexe, le sexe lui est déterminé au moment de sa conception et par une dimension qui est extérieure à son psychisme. C’est par ailleurs bien parce que la dimension intérieure de l’individu est exclue dans la détermination du sexe qu’il est possible et facile pour tous de déminer l’appartenance sexuelle de l’individu. Néanmoins c’est parce qu’il y a exclusion de l’intériorité du sujet qu’il est possible de voir apparaitre une dissonance chez un sujet entre son intériorité et son extériorité, le sujet se confronte alors à une situation de dissociation entre son ressenti intérieur et son aspect extérieur qui devient source de souffrance. Naît alors le besoin de faire correspondre son extériorité avec son intériorité, le changement de sexe.
Il nous semble également apercevoir un autre élément source de tension dans le système mélangeant sexe et genre, prenant la forme d’un débordement de la sphère du naturel sur la sphère du personnel. Que certains traits de comportements peuvent être considérés comme caractéristiques du masculin ou du féminin, une fille tend vers la bienveillance la où l’homme est dans l’affrontement. Il nous semble apercevoir ici que notre extériorité exerce une tentative de détermination sur des éléments relevant pourtant de la sphère intérieure comme les gouts, les pratiques ou le type de comportement. Comment sommes-nous parvenus à l’idée que notre sphère extérieure déterminait des éléments de notre sphère intérieure ? Cela peut s’expliquer dans un défaut de délimitation des frontières de la sphère naturelle sur la sphère intérieure. Nous observons ce défaut apparaitre notamment dans les explications biologiques déterministes, revenant à expliquer la différence homme-femme sur une différence constitutive de l’organisme. La différence indéniable sur le plan physique forme alors un espace de liberté sur lequel reposent des démonstrations plus ou moins abusives sur la différence présente dans la sphère individuelle. Une différence de sexe vient alors défendre une différence qui relève du genre, renforcé par l’adéquation du genre et du sexe dans ce paradigme. Le débat en alors généralement impossible car le parti estime avoir la science de son coté. De là apparait la nécessité d’établir une distinction claire entre ce qui relève du sexe (de la sphère naturelle) contre ce qui relève du genre. Lorsque le sexe envahit le genre, il réclame ensuite d’admettre ses démonstrations comme incontestables car relevant de la science, mais rien n’est à démontrer dans le concept de genre car nous sommes libres d’aménager à nos souhaits.
Ainsi la catégorisation de genre LGBT+ agit comme une reconquête de la sphère personnelle sur la sphère naturelle pour l’inclure dans l’expression de notre genre, le rendre plus singulier en dépassant la simple opposition homme femme. Mais alors nous pouvons tout de même nous interroger sur l’intérêt d’inclure l’intériorité du sujet dans l’expression du genre. Car le problème ne réside pas dans l’expression de notre sphère intérieure, mais dans l’influence trop importante de la sphère naturelle sur la sphère personnelle. Ainsi si nos gouts ne sont pas enfermés dans un référentiel normatif fondé sur le sexe, alors le sexe perd de sa dimension enfermante et normalisante. Il n’y a alors plus de besoin de faire apparaitre dans le sexe notre dimension intérieure. Mais nous ferions ici l’erreur d’ignorer le problème du besoin de reconnaissance des individus. Il est vrai que nos gouts relèvent de la sphère intérieure et qu’à ce titre ils ne devraient concerner que nous. Mais ils visent à être exprimés dans une dimension extérieure et ainsi s’inclure dans une dimension sociale. Or comme pour toute expression dans la sphère sociale il y a désir d’être reconnu, d’être considéré comme normal dans ses désirs, désirs qui seraient renforcés tant que subsistera un jugement de ce qui est anormal. Nous ne disons pas ici que tous les gouts doivent être acceptés et qu’il n’existe pas de gouts anormaux, mais que le système discriminant de la normalité fondée sur une association de sphère naturelle à celle de la sphère personnelle n’est pas valide et est source de détresse.
A ce système il nous semble pouvoir observer une contradiction entre l’intention et le procédé utilisé. L’intention est ici d’établir un genre qui soit au plus proche de nos dimensions intérieure extérieure. Le fait de se considérer comme étant entre deux genres fait mécaniquement émerger un nouveau genre correspondant à cette nouvelle forme d’intériorité, c’est ainsi que la catégorisation LGBT+ tend à être toujours plus large. Ainsi il nous semble que le maintien de la notion de catégories dans le genre est incompatible avec la représentation de toutes les alliances possibles entre la dimension intérieure et extérieur. De plus l’élargissement permanent du spectre des genres possibles réduit la reconnaissance sociale portée par chaque genre qui devient plus technique et moins connu. Une nouvelle fois l’abandon du procédé de catégorisation nous apparait comme la solution. Certains courants, comme c’est le cas chez Donna Haraway, proposent un remplacement de la notion de catégorisation par un système fondé sur la reconnaissance de qualités communes.
Article rédigé par Maxime Faure, Décembre 2019