Cet article est une graine de philia, son sujet touche à la philosophie.
Jouer du concept : lier Zemmour et Ben Laden par le concept
La philosophie a ceci de frustrant que lorsque nous commençons à vouloir la penser par nous même, nous pensons mal. Si son étude n’est pas si complexe en soi, lorsqu’il nous vient le tour de devoir écrire, nous nous plaçons dans un discours du général, isolé de l’actuel, qui nous oppose à tout ce qui a été dit. Ta pensée est intéressante oui, mais Aristote dit la même chose en mieux en plus approfondie, Hume a pris le problème à l’inverse et Wittgenstein ne voit aucun réel problème ou utilité en ce qui a été dit. Alors sortons de cette vaste généralité, pensons ce qui est neuf, trop récent pour avoir été philosophé et qui n’intéresse si peu qu’aucun grand ne prendra le temps de la contre argumentation. Ne prenons pas ici la philosophie au sérieux, à chercher une goutte de sens. Au contraire, jouons du concept ! Bâtissons du concept à partir de l’actualité pour créer un artifice à l’apparence de sens entre deux situations qui en toute rigueur n’ont aucun lien. Ces deux situations sont les vives réactions face à l’arrivée d’Eric Zemmour sur C New et le sentiment américain face à Ben Laden après l’attentat du 11 septembre.
Actualité toute relative donc puisque car le monde a déjà oublié que Zemmour est sur C News, la tempête de colère contre cette nomination est déjà oubliée, comme si elle n’avait jamais eu lieu. Alors faisons cet effort, remontons la capsule vers la fin d’année 2019 et souvenons des réactions. Les réseaux sociaux, classique de l’extrémisme des opinions, campent sur deux positions simples : pour ou contre. Deux positons d’une évidente incompatibilité, qu’il s’agit de solutionner. Ici nait notre premier problème, plutôt facile. Mais c’est ici un faux problème car il existe un organisme (CSA) chargé de trancher le conflit, dont la décision à valeur de définition du juste; il ne devrait alors plus subsister de problème. Pourtant, malgré l’accord du CSA, les protestations sur les réseaux sociaux persistent. Le conflit se produit alors sur un double plan, deux plans définitionnels de ce qui est juste. Le CSA a une parole faisant justice suivant une procédure et un rituel définissant le juste; contre les réseaux revendiquant leur propre justice, affirmant qu’il est injuste de laisser un tel homme à l’antenne. Un vrai problème apparait ainsi avec cette dissonance de la justice car toutes deux revendiquent d’être effective, c’est à dire de servir de support déterminant la décision d’exclusion de Zemmour. La justice définie par l’archaïque des revendications individuelles en opposition à la décision d’un organisme spécialisé, voilà donc sommairement ce qui se produit.
Alors comment peut-on rattacher cette situation à Ben Laden ? Nous commencerons par ces mots de Bush « nous amènerons la justice à lui (Ben Laden) » nous voyons ici que le terme justice est corrompu. Ne sera pas envoyé à Ben un tribunal avec un juge et des avocats, ici la justice est plus explosive et expéditive. Mais pourtant il existe bien une justice américaine, protocolaire, dans laquelle la parole du juge a une valeur déontique du juste. Ainsi lorsque Bush décide d’envoyer la justice à Ben Laden, il y a transgression du protocole et de la parole du juge. Bien que cela soit justifié, car il s’agit d’un acte de guerre auquel s’applique un protocole spécifique guerrier, il est alors incorrect d’employer la notion de justice affirmant qu’elle va s’appliquer. Il s’agit là de pure vengeance, antithèse de la justice. La vengeance, négation de la justice, l’annihile en se travestissant en elle. Le tout dans un contexte de support populaire absolu, acceptant tout entier qu’il s’agit de justice, car leur sentiment de ce qui est juste s’accorde avec la justice allant s’appliquer, alors tout simulacre de jugement est inutile. Le rituel amenant la décision de ce qui est juste est transgressé, faisant place à l’instantanéité des revendications pulsionnelles. La pulsion de justice prend alors gout à redevenir ce qui a valeur de décision pour le juste, dédaigne la justice de procédure et rituels devenue illégitime.
Alors, lorsque nous rappelons au sentiment de ce qui est juste qu’il n’a pas de valeur déontique, que le juste est régi par des institutions, nait une incompréhension. Lorsque nous estimons comme injuste un débat déjà tranché par des institutions ayant données leur agrément, nous nous sentons spoliés et nions la justice institutionnelle au profil de la justice singulière, revendiquant que notre justice justice s’applique. Bush a ouvert les portes d’une négation de la justice institutionnelle au profil de la justice du ressenti, dont les symptômes subsistent aujourd’hui lorsqu’un animateur contesté rentre en poste en toute légitimité institutionnelle.
Article rédigé par Maxime Faure, janvier 2020