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Espace, Norme et pouvoir depuis le port généralisé du masque
Maxime Faure
Depuis le début de la pandémie de Covid 19, ce qui nous semblait être une bizarrerie des moeurs asiatiques, le port généralisé du masque en cas de maladie, a été imposé en l’espace de quelques semaines comme une norme générale mais temporaire. L’irruption d’une nouvelle norme, la rencontre de cette nouvelle habitude avec l’ensemble de nos anciennes moeurs déjà établies et souvent incompatibles - la bise, les contacts physiques, les expression faciales, les sourires - provoque une reconfiguration de nos habitudes. En premier lieu, notre rapport à autrui est modifié, autrui ne fonctionne plus sur une hiérarchie allant de l’inconnu à l’amical, mais du danger vers la sécurité. L’espace s’est également recomposé, précédemment le mouvement des foules devait s’adapter à l’espace qui lui était offert ; un métro était rempli jusqu’aux limites des lois de natures, lois aujourd’hui substituées par le principe de distanciation restructurant l’espace et le rapport des foules à la société. Les objets sociaux et institutionnels - les écoles les transports les hôpitaux - sont confrontés à l’urgence d’un nouveau mode de fonctionnement pandémique, où maintenant l’espace doit s’adapter à la foule qu’il doit accueillir. Enfin, le pouvoir développe une nouvelle prise sur les corps, non seulement il rappel sa capacité à imposer une nouvelle norme à tous ses sujets, mais il étend son emprise sur une partie toujours plus intime du corps, ici le visage. Mais son extension n’est pas totale et ne parvient pas à saisir certaines dimension apparaissants encore inaccessibles, la où la norme n’est pas respectée le pouvoir ne parvient pas à s’infiltrer. De plus, le détenteur de la connaissance légitime a basculé, la politique où la presse, dont la confiance était érodée, se sont effondrées ou redressées en fonction des secteurs, la parole scientifique ainsi que l’émergence du corps médicale comme institution de savoir sont venues chambouler l’espace de contestation politique.
En bref, l’objectif du débat d’aujourd’hui sera double. Il s’agira avant tout de critique et non de contestation, il ne s’agit pas de s’opposer à ces mesures mais d’en tirer les conséquences philosophiques sur nos habitudes de vie. Pour se fait, nous allons étudier l’impact de l’irruption du port général au travers de trois axes, la déformation spatiales, les nouvelles normes et les nouveaux rapports de pouvoirs.
Espace
Structure politique de l’espace
Qu’est-ce que comprendre la notion d’espace à travers l’idée de pouvoir ? L’espace ne peut pas être conçut comme une abstraction, comme une somme de distances ou une figure géométrique. Nous voyons bien par exemple qu’un mètre tel qu’il est perçu dans une jungle n’est pas le même que ce qui est dans un champs ou sur la plage. Il nous faut ici distinguer l’espace dans un milieu naturel de l’espace tel qu’il est présent dans la société. L’espace conçu dans la société est constitué par un ensemble de principes, principes que nous pouvons nommer artificiels car ils sont produits de la conscience humaine. L’espace structural de la ville est partagé par ce que nous nommons routes, trottoirs, propriétés privées, qui sont un ensembles de principes non naturelles et qui viennent appliquer une force dans la manière dont nous occupons l’espace. Par exemple, la route attire la voiture mais repousse le piétons, nous sommes dans une librairie d’une manière différentes que lorsque nous sommes dans un bars. Un ensemble de principes différents occupe chacun de ces lieux, mais non pas comme un principe abstrait déconnecté de toute réalité, mais bien à la manière d’une loi de nature qui vient directement appliquer une force sur les corps des individus et viennent réguler leurs comportements.
Restructuration de l’espace économique
Depuis l’apparition du port du masque, nous voyons apparaitre de nouveaux principes que le rôle du philosophe sera de déterminer pour en comprendre leur force physique. Le principe le plus concret rentrant en application depuis les nouvelles normes est le principe de distanciation sociale qui vient bouleverser les dispositions spatiales ; nous faisant réaliser que les bars, transports, hôpitaux, salles de classe, n’étaient pas adaptés à un principe de distanciation. Par la tentative d’application désespérée de ce principe par le politique, nous voyons émerger d’anciennes structures de la composition de l’espace dans notre société. Les restaurants et plus généralement le milieu de l’événementiel s’organisaient autour de principes d’optimisation de l’espace au sacrifice que l’espace privé accordé aux individus. Pour être économiquement rentable, il fallait réunir en un minimum d’espace le plus d’agents économiques pour parvenir au meilleur fonctionnement de notre société. Nous pourrions être tenté de croire que la société abandonne la dimension agent économique de l’humain pour préserver sa vie, mais de l’homme et de sa préservation dépend la subsistance du sujet économique et du système qui l’accompagné. Le système économique accepte donc lui même de se mettre en berne sous couvert de principes humanistes pour permettre au support de sa subsistance de perdurer.
Réapparition du sujet comme principe structurant de l’espace public
Mais au-delà de la nouvelle organisation des instituions économiques, nous pouvons voir que c’est l’ensemble de la société qui essaie de se restructurer. Au travers des rebellions contre les décisions politiques bridantes des restaurateurs mais l’absence de restrictions de faits contre le reste de l’espace publique comme les transports, nous pouvons voir un désire de réforme, ou du moins de cohérence, autour de grands principes partageants l’espace. Pourquoi l’agent économique voit son activité menacée, et donc le reste de sa survie qui s’en suit, alors que le transport public n’est pas restreint ? L’opposition se place contre le manque de généralité ou au contraire contre la trop grande prétention de domaines d’applications de la norme en des lieux ou elle ne devrait pas l’être. Par ce mouvement, alors que la foule était une masse compressible jusqu’aux limites de la physiques, un métro pouvait accueillir autant de personnes que nécessairement possibles, sans prise en compte de notions d’espace privé ou de confort. Nous voyons ici la ré-émergence dans l’aménagement de l’espace de notions autrefois secondaires pour le sujet devenues ici principales pour la survie de l’individu, autrement dit, alors que nous pouvions rogner sur notre espace de conforts pour augmenter l’accueil du métro, ici il est de l’ordre de la nécessité d’avoir un espace personnel dans ce même lieu. Dès lors, l’individu comme singularité réapparaît dans l’espace social. Les principes de groupe ou de foule sont devenus incompatible avec la notion de distanciation comprise comme possibilité pour l’individu de défendre les autres citoyens autant que la société.
La structure autrui comme danger
Mais par-delà même la perception que nous avons des intuitions privées ou publiques dans l’espace, c’est ici la perception d’autrui qui s’en retrouve affectée. Auparavant autrui pouvait être décrit comme étant perçu selon un schéma de connaissance allant de l’inconnu jusque l’amitié ; et autrui ne constituait une menace que par l’impureté de ses intentions et non par son existence même. Autrui en temps de maladie est compris selon une gradation du danger qu’il compose et affilié à son existence même. Plus l’individu est proche, plus il me menace ; la société se compose alors entre ceux qui constituent un danger et ceux que l’on considère comme n’étant pas une menace.
Conflit naturel de génération
Mais pouvons remarquer que le nouvel espace de la société, la force structurante de ces nouveaux principes divergent selon l’individu que nous sommes. En effet, la maladie n’est profondément pas perçue de la même manière selon le danger que l’on affronte face à la maladie ; la corrélation entre l’âge et la mortalité renforce ces principes vers les personnes âgées composants un nouvelle forme, cette fois naturelle, de conflit générationnel. La nouvelle opposition entre la nouvelle et l’ancienne génération, qui déjà émergeait depuis un certains temps et dont l’apogée a été le concept de zoomer et de boomer. Ce conflit, contrairement aux anciens conflits de générations, se fondait sur une autre conception de l’avenir, avant les nouvelles générations souhaitent avoir un avenir meilleur, ici le nouveau conflit est celui du maintient de la possibilité d’un avenir.
Le mouvement « no future » était la négation d’avoir la possibilité d’avoir un avenir qui vaille la peine d’etre vécu. Le mouvement écologique critique l’ancienne génération pour son mode de consommation et craint la possibilité d’un effondrement global de la société ou d’une catastrophe écologique majeure. Bien qu’appuyée par des scientifiques, cette pensée reste du domaine de l’idéologie. Avec le Corona, l’écart de génération est plus brutal car ici la personne âgée peut être tuée par un mal dont le jeune ne craint pratiquement rien. Dans la structure de l’espace établit, dans la perception que j’ai des individus est radicalement modifiée. La personne âgée ne perçoit pas l’espace de la même manière que le jeune, l’omniprésence du danger envahit l’espace de cette personne. Alors que le jeune n’est appelé qu’à faire preuve e responsabilité, la personne âgée est appelée à protéger sa vie.
Norme
La norme n’est pas loi
Comprendre le port du masque du masque comme une simple loi n’est pas suffisant pour couvrir l’ensemble des impacts de son apparition dans l’espace public. La loi est un ensemble dictant ce qui est et dont la sanction est administrée par l’Etat. Or ici nous voyons que la généralisation du port du masque dépasse le simple cadre de la loi, il ne s’agit pas simplement d’appliquer une forte amende pour sanctionner un comportement non admis. La loi interdit de frauder dans les transports publiques ou de consommer certaines drogues, mais pourtant ce type de comportement n’est généralement pas sanctionné par une intuition autre que celle de la loi. Ici la norme vient directement s’appliquer à même les comportements des individus. Ce passage de la loi à la norme s’illustre par exemple avec l’évolution historique des limitations de vitesses, alors qu’auparavant dépasser la limite de messe n’était qu’un acte illégale ce même comportement est devenu irresponsable et donc moralement répréhensibles.
La norme du masque et la liberté individuelle de s’établir comme juge
Nous sommes confronté à ce même type d’évolution face au port du masque, d’abord refusé par un à priori culturelle puis imposé par la loi, avant de devenir une norme fondée sur un principe de moralité, de responsabilité, voir de citoyenneté. Outre ce passage d’une loi vers une habitude de comportement, illustration de l’emprise des normes sur les corps, chacun dispose d’une liberté de s’établir garent du principe de respect ou de non respect de cette norme. Ainsi, dans le nouvel espace public fondé par cette norme, nous voyons émerger des ensembles de juges et bourreau où les normes sont sanctionnées par chacun. Déjà présent dans la société sous une forme moindre, nous pouvons observer ce type de mécanismes sous des formes moindre, comme la norme de ne pas parler fort dans les transports en commun, ou sur ce que chacun considère comme une tenue acceptables sanctionnée sous la forme de regard.
La liberté de rebellions
Face à une application forte de la loi sur les individus, chacun est alors libre de s’y soumettre ou de se rebeller. Or le tribunal se constitue non pas en institution supérieure et sur-humaine séparée du reste de la société dans un espace fermé dernier à cet effet, ici le tribunal de la norme est omniscient et peut apparaitre dans chaque lieu de l’espace par un sujet qui dont la légitimé n’est pas approuvée par la société. La rébellion contre la loi, habituellement manifestée dans des lieux ou situations sous couvert de la loi, dans les tribunaux publiques ou dans les manifestations déclarées, prennent ainsi lieu en toute part et chaque lieu de la société devient lieu possible de rébellion. Alors qu’habituellement l’espace public est séparé en éloignant les rebellions. Ici l’espace se retrouve menacé, contaminé par les rebellions anarchistes manifestées contre les autres citoyens et non contre des instituons prévues pour y résister et les assimiler.
Loi temporaire et normes intemporelles
Une autre source de craintes dans les contestations, que nous pouvons observer dans différents canaux, les regroupements par internet et les opinions courantes notamment, revendiquent la peur de créer un espace pour de futurs lois, ou au contraire de réduire l’espace occupé par notre conception de la liberté dans lequel une future loi liberticide pourrait s’introduire. Il est régulièrement souligné le caractère éphémère de cette loi, exprimée régulièrement par la figure l’exception qui par définition vise à ne pas être reproduite. Dans cette conception, la nouvelle administration et le rapport à la liberté une fois la Covid passée reviendrait dans un état tel qu’il était antérieurement. Or, nous voyons que, pour que la loi sur le port général du masque puisse parvenir à s’exprimer sur les corps, il a fallut adopter tout un nouvel ensemble de valeurs permettant le port de ce dernier. Mais une fois la loi abrogée, le système de valeurs risque de subsister dans les moeurs comme l’est une cicatrice sur un corps. L’ancien système de normes régulants les rapports à la liberté, s’ils se révèlent suffisent forts, peuvent parvenir à retrouver leur état de domination ; mais en cas de faiblesse il se pourrait que la norme de liberté soit remplacée par les normes de sécurités affiliées au masque.
La normes peut-elle s’appliquer les visages ?
La prise des normes sur les corps n’est pas une nouveauté, mais elle s’est faite sous une relative légèreté. En effet, pour que le piercing ou le tatouage puisse être accepté par exemple, il a fallut l’accompagner d’un ensemble de valeurs pour permettre cette acceptation. Mais si le tatouage est accepté dans les moeurs, et qu’il parvient à se faire appliquer sur les corps tatoués, cela ne se manifeste pas sous la forme d’une contrainte généralisée. Les individus s’engagent à modifier la forme de leur oreille par exemple en sachant que ne pas le faire n’engagerait pas à des sanctions. Autrement illustré, mettre du rouge à lèvre relève de la force d’une norme, mais sa force n’est pas aussi grande que celle du masque. Ici la norme vient s’appliquer sur une zone très personnelle du corps, le visage, et sa portée s’étend à l’ensemble de la société. La question à soulever est ainsi de savoir s’il acceptable d’intégrer un nouveau système de norme venant restreindre et s’appliquer sur une parie de notre corps habituellement protéger des régulations d’ampleurs.
Une norme contre l’ordre établit
Un autre courant de protestation s’interroge sur le rapport entre cette nouvelle norme et les anciens systèmes de normes établis. Pour synthétiser maladroitement ces courants et de surcrois sans les citer, les interrogations se portent généralement sur les nouveaux rapports et surtout sur les détériorations des rapports de socialisations. Le visage peut, par exemple; être décrit comme constitutif d’un rapport social complet ici détériorer par le port du masque. Ainsi les arguments sortent généralement sous l’appellation d’effets secondaires, psychologiques ou sociologiques notamment, sur les individus. La perte de repères dans les rapports de séduction est également vécue comme un grave danger dans certains milieux intellectuels.
La peur de la norme
Une autre partie des contestations s’attaquent directement à l’existence même d’une société régnant sous le concept de normes. Pour être rapprochée d’une forme de complotismes, cette idée semble s’être cristallisée autour de notions comme celle de mouton. Mais nous pouvons également voir ce type d’arguments détaillés chez des penseurs comme Tocqueville critiquant l’extinction des singularité, des volontés d’exprimer sa liberté et ses capacités sous l’effort de pesanteur exprimé par la norme. La massification, menace contre l’individualité et criante pour les menaces qu’elle fait peser contre la singularité. Ce qui est dénoncé ici, c’est l’accélération de l’extinction de l’individu pour être remplacé par celui du sujet agissant selon les principes de la société et non ses propres principes.
Pouvoir
Compréhension du pouvoir comme substance
Foucault, car il faut bien le citer, n’envisage pas le pouvoir comme étant détenu, mais comme quelque chose venant s’exercer. Autrement dit, le souverain ne détient pas un pouvoir que le peuple lui aurait accordé, mais il aurait une capacité à exercer le pouvoir. L’intérêt de cette conceptualisation du pouvoir et de cesser d’étudier les figures apparentes du pouvoir, les directeurs souverains ou président, mais d’étudier les appareils permettant l’application de ce pouvoir et sa capacité à s’exprimer.
Le covid révélateur des limites du pouvoir, le politique face à la réalité
Nous pouvons ici interpréter la pandémie comme un double révélateur des limites du pouvoir. Dans un premier temps, le pouvoir dans sa dimension de souveraineté est apparu comme limité. L’espace politique des Etat était traversé par un débat entre des nouvelles figures de la démocratie nommés illibéraux ou populistes, et encensées pour leur franc-parler contre les figures classiques du politique comme produit d’une forme d’hypocrisie, en tout cas comme détachée de ses valeurs personnelles et agissant au nom de sa figure et non de son être. Ici, la Covid est apparue comme une épreuve de fait, elle a permis de distinguer selon un critère de vérité factuelle la performances des différentes politques. Mathéo Savigny, Bolsonaro, Trump et Boris Johnson font maintenant pale figure contre Merkel par notamment.
Les sphères atteintes par le pouvoir politique
Secondement nous pouvons comprendre la Covid comme révélatrice des sphères pouvant être atteinte par le pouvoir. La pandémie a révélé la capacité des Etats à imposer une nouvelle pratique sur l’ensemble de son territoire, le port du masque se révèle comme un indicateur des zones que le pouvoir est parvenue ou non à infiltrer. Autrement, là où le masque est porté, le pouvoir s’est révélé compétent, et inversement les lieux où le masque n’est pas porté sont les lieux que le pouvoir ne parvient pas à infiltrer. Les repas de familles, le bars, les banlieue ou toute endroit où le masque n’est pas porté apparait comme un espace où la force de l’Etat ne parvient à s’exercer.
La norme nous fait basculer vers l’autocratie
Si nous définissions l’autocratie comme étant un certain mode de rapport à la norme, alors il y a un risque de basculement vers l’autocratie. Cette peur se manifeste dans les même courants que ceux nommés précédemment dans la peur d’une trop forte norme. Ici la peur apparait dans la confusion qu’il y a entre le légal et le normé qui apparait dans la loi. Lorsque le non respect de la norme est considéré comme une infraction légale, alors nous pouvons dire qu’il y a autocratie. Il peut apparaître comme légitime de séparer les sphères des moeurs et du légal, pour les accorder au politique pour les unes, et les laisser librement émerger pour les autres.
Mais dans le fantasme de l’autocratie, il y a l’idée d’oppression du peuple. En effet, la révolte dans les grands pays autoritaires semblent évidentes à un esprit occidentale lorsque le pouvoir rentre en contradiction avec ce que nous nommons libertés fondamentales, comme la liberté de la presse ou des individus. Mais dans le cas précis du port du masque, il y a un problème fondamentale qui se pose dans le sens où il n’y a pas d’opposition entre l’autoritarisme mit en place par l’Etat et sa bienveillance envers la population. En effet, le port du masque est quelque chose qui ne semble pas superflu. Dans la chaine causale, attraper la Covid-19 représente un risque important à la fois pour soi, mais également par les contaminations qui en dérivent. Le non port du masque est renforcé par une cause artificielle de l’amande que seul le pouvoir est capable de mettre en place.
La mort du politique au nom de l’Etat, l’Etat prenant ses décisions seul, sans possibilité de discussion, apparait comme seul intacte de décision au détriment du temps de la discussion et aux confrontations d’idées accordé au politique.
Les sources légitimes de connaissances dans la société
Ce débat est pré-existant au Corona est correspond à celui de la source d’information. En effet, plusieurs structures se font concurrences pour établir et transmettre ce que nous pouvons nommer la connaissance légitime. Une même donnée se voit interpréter par le politique, par la presses ou les médias, par les experts et les scientifiques. Toute la difficulté du citoyen consistait alors à accorder une légitimité aux différentes sources de connaissances qui se présentaient à lui. Le politique est ici apparu comme dépassée sur notre territoire, mais dans certains pays il a été renforcé ou restructuré. En France, toute la politique a souffert ; en Italie, le schéma politique s’est restructuré ; au Brésil la confiance s’est effondrée ; en Chine le politique s’est d’abord effondrée avant de ressortir grandit. Le scientifique est également apparu comme nouveau transmetteur légitime de la connaissance, au moins durant les premiers instants de la crise, avant que son inadaptation aux oreilles de la société ne reprenne le dessus. Le temps scientifique, la difficulté de la connaissance établie et sa contradiction parfois apparente ont freinés son acceptation. Pire, le scientifique s’est même confondu avec le politique comme se fut le cas de Raoult.
Le corps médiale, nouveau pouvoir répondant à une demande sociale antérieur
Un certain rapprochement maladroit avec le mouvement des gilets jaunes semble pouvoir être tenté, en effet il semble que la légitimité de la connaissance bascule d’un critère de rationalité (en opposition à l’empirique) vers un critère de réalité du terrain. La figure légitime pour établir de la connaissance ne peut plus être en dehors du terrain, il est remplacé par ce corps réémergeant considérée comme conscient de la réalité du terrain. Le corps médical est apparu comme la parfaite incarnation de ce mouvement, en opposition aux politiques et médias, lui seul est apte à savoir ce qu’il est légitime de demander à la population car lui seul connaît l’expression première du virus, les morts dans les hôpitaux.
Exemplier
Regroupement contre le port du masque obligatoire, 16K abonnés.
/Twitter Top Tweet du lundi 5 octobre 2020 à 8H « RER B ».. Pourquoi une discrimination telle contre les lieux de divertissement et aucune normes aux transports ?
A. De Tocqueville, De la démocratie en Amérique, Paris, GF-Flammarion, 1981, t. 2, IV-6.
Je pense [...] que l’espèce d’oppression dont les peuples démocratiques sont menacés ne ressemblera à rien de ce qui l’a précédée dans le monde; nos contemporains ne sauraient en trouver l’image dans leurs souvenirs. Je cherche en vain moi-même une expression qui reproduise exactement l’idée que je m’en forme et la renferme; les anciens mots de despotisme et de tyrannie ne conviennent point. La chose est nouvelle, il faut donc tâcher de la définir, puisque je ne peux la nommer.
Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux, qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas; il les touche et ne les sent point; il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul, et, s’il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu’il n’a pas plus de patrie.
Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouis- sance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance; il aime que les citoyens se réjouis- sent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur; mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre; il facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ?
Dits et écrits tome 2 Foucault, t106 « les intellectuels et le pouvoir »
Mais la notion de classe dirigeante n’est ni très claire, ni très élaborée. « Dominer », »diriger », « gouverner », « groupe au pouvoir » « appareil d’Eta » etc. Il y a la tout un jeu de notion qui demandent à être analysées. De même, il faudrait bien savoir jusqu’ou s’exerce le pouvoir, pr quels relais et jusque’à quelle instance souvent infimes de hiérarchie e contrôle, de surveillance et d’interdictions, de contraintes. Partout ou il ya du pouvoir, le pouvoir s’exerce. Personne à proprement parlé n’en n’est titulaire ; et, pourtant il s’exerce toujours dans une certain direction, avec les uns d’un cot et les autres de l’autr ; on ne sait pas qu’il est au juste ; mais on sait qui ne l’a pas.
La force des normes, Pierre Macherey
« Les norme ne sont pas des lois, des règles d’obligations qui supposent des contraintes extérieures pour être obéies. Elles interviennent à même les comportements, qu’elles orientent de l’intérieur »
M Foucault, Surveiller et Punir, Chap 1
Et audela de ce partage des rôles s’opère la dénégation théorique : l’essentiel de la peine que nous autres, juges, nous infligeons, ne croyez pas qu’il consiste à punir, il cherche à corriger, à redresser, à « guérir ».
M Foucault, Pouvoir et Corps
Je crois que le grand fantasme, c’est l’idée d’un corps social qui serait constitué par l’universalité des volontés. Or ce n’est pas le consensus qui fait apparaitre le corps social, c’est la matérialité du pouvoir sur les corps même des individus.
Il peut y avoir un savoir sur les corps qui n’est pas exactement la science son fonctionnement, et une maitrise de ses forces qui est plus est plus que la capacité des vaincre : ce savoir et cette maitrise sont que l’on pourrait appeler la technologie politique du corps.
« Mais le corps est aussi directement plongé dans un champs politique ; les rapports de pouvoir opèrent sur lui une prise immédiate ; ils l’investissent, le marquent le dressent, le supplient, l’astreignant à des travaux, l’obligent à des cérémonies, exigent de lui des signes. Cet investissement politique des corps est lié, selon des relations complexes et réciproquent, à son utilisation économique ; c’est, pour une bonne part, comme force de production que le corps est investie de rapports de pouvoirs et de dominations ; mais en retour sa constitution comme force de travail n’est possible que s’il est pris en compte dans un système d’assujettissement »
Chapitre 1 P3 Surveiller et Punir
Ces méthodes qui permettent le contrôle minutieux des opérations u corps, qui assurent l’assujettissement constants des forces et les immole un rapport de docilité-utilité, c’est qu’on peut appeler les disciplines
Judith Butler, Détention indéfini
Enfin il faut avoir conscience qu’un façon de gérer une population consiste à la rendre moins qu’humaine, à la priver de tout droit, à ne pas en reconnaitre l’humanité. C’est la tout autre chose que de produire un sujet qui se conforme à la loi ; C’est autre chose aussi que de produire un sujet qui considère la norme définissant l’humanité comme son prince constitutif. EL sujet qui n’est pas sujet n’est ni vivant ni mort, ni entièrement constitué comme sujet ni entièrement déconstitué comme mort. La gestion d’un population n’est donc pas simplement le processus par lequel un pouvoir régulateur produit un ensemble de sujets, elle est aussi un processus de désubjectivation, ce quia des conséquences politiques et juridiques considérables.