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Comment penser un nouveau rapport à la nature ? Tour d'horizon des différents mouvements écologiques
Emma Penichout
Thème : Philosophie morale et politique.
Notions : Nature / Politique / (écologie)
Question : Nos manières de produire, de consommer, plus généralement de vivre mettent notre propre survie sur la Terre en danger. Nous détruisons nos propres conditions matérielles de subsistance en polluant nos eaux, nos sols, nos océans, etc.). Puisque notre rapport à la nature (càd à ce qui est non-humain) n’est pas durable, comment le changer càd 1) par quoi le remplacer et 2) comment faire la transition entre notre manière de faire actuelle et celles futures ?
Argumentation : Pour comprendre cette crise écologique que nous vivons, les changements de la planète, les conflits sociaux et politiques qu’elle entraine, nous devons penser les conditions matérielles de notre existence c’est-à-dire penser comment nous occupons l’espace, notre usage de la terre, nos systèmes politiques et économiques au travers de la souveraineté, des conquêtes, des progrès techniques ou encore des luttes sociales. Tout cela forme le socle d’un rapport collectif aux choses qui n’est pas durable et qu’il faut remplacer par un autre. Or comment retranscrire les observations scientifiques politiquement ? En effet, le politique, depuis au moins la fin du XVIIIe siècle avec la révolution française, ne tend que vers des conditions matérielles de plus en plus confortable, des progrès techniques qui nous permettent d’atteindre de plus en plus une sorte d’abondance et d’émancipation, en d’autres termes vers du progrès, alors que les observations de l’écologie scientifique, elles, nous montre que la dégradation de l’environnement est pour la première fois exponentielle à cause des hommes, et en cela nous font faire face à l’immensité, la gravité et l’urgence du problème écologique.
Problème : Ainsi, est-il possible de changer notre rapport à la nature, afin de limiter la catastrophe écologique, tout en conservant nos libertés et une sorte d’abondance matérielle, ou bien sommes-nous nécessairement obligés d’y renoncer ?
Thèse(s) : 1) L’écologie scientifique comme point de départ et moteur de la transition écologique.
2) La politisation du problème écologique avec l’écologie politique.
3) Critique de l’écologie politique.
Plan détaillé :
I- L’écologie scientifique comme point de départ pour faire face à cette crise => moteur de l’action ou bien inquiétude immobilisante ?
L’écologie scientifique si situe comme le point de départ à toutes démarches écologiques. Elle est représentée au travers du GIEC, principal interlocuteur des gouvernement aux COP où s’affrontent des dizaines de propositions, cumulant les conflits d’intérêt, etc. Les COP ont souvent été décevantes par la frilosité des gouvernement à véritablement agir pour améliorer la situation qui devient de plus en plus catastrophique. Elles sont le théâtre de l’inaction politique face à la crise écologique. Ceux qui observent les changements inquiétants sur la planète et les conséquences de nos modes de vies sur la nature sont les scientifiques de l’écologie scientifique (le GIEC principalement, mais avant cela les climatologues, les géographes, les biologistes, etc.) Leur but est de démontrer l’ampleur du problème et la responsabilité humaine, d’où le concept d’Anthropocène, qui entraine paradoxalement autant un sentiment de surpuissance que d’impuissance. Le concept d’Anthropocène traduit un sentiment un peu partagé par tous qui est que les problèmes écologiques sont au-delà de nous, de nos catégories, de notre portée, entrainant la dépolitisation du problème en le plaçant soit au-dessus du politique : soit pour la survie (les survivalistes) soit dans le salut (les environnementalistes comme Henri David Thoreau, ou les collapsologues) ; soit en dessous : dans l’accumulation des gestes individuels (le minimalisme, la permaculture, les groupes zéro déchets, etc.).
II- La politisation du problème écologique => changement ou révolution de nos modes de vies ?
Or il y a une nécessité à politiser tous les problèmes écologiques, et les COP en sont le symbole. Elles réunissent presque tous les Etats pour qu’ils discutent entre eux, basant leurs propositions sur ce que dit l’écologie scientifique. Mais la tâche est rude car le gouffre entre les enjeux géopolitiques actuels et nos intérêts immédiats, nos héritages de production, de consommations, techniques, politiques, etc., existe réellement. De même, le gouffre entre l’exigence d’urgence que demande la crise écologique et nos dispositifs de régulation politiques, économiques, etc., existe réellement aussi. Pourtant, il est nécessaire de ne pas s’en servir pour démontrer une impossibilité à agir politiquement car le soi-disant problème de la relation entre les observations scientifique de la nature et sa retransmission politique est la monstration de notre sortie à nous, moderne, de la nature : Grotius, Locke, les physiocrates, Smith, Marx, et plein d’autres, tous pensaient leurs systèmes politiques, leurs dispositifs de production et consommation, en rapport à la nature (Grotius par ex. parle sans cesse dans du Droit de la guerre et de la paix de la gestion des mers ; Locke fonde son concept de propriété sur les choses naturelles ; les physiocrates, ou encore Smith dans la Richesse des nations parlent fonde leurs théories politique sur la gestion de la terre car elle est une des sources principales de richesse ; Marx crée l’analyse matérialiste de l’histoire). Alors que Rawls dans Théorie de la justice, auteur politique du XXe justifie son modèle politique avec l’expérience de pensée du voile d’ignorance . Ce n’est pas qu’avant le XXe ils étaient déjà tous préoccupé par des questions écologiques, mais ils considéraient le politique comme indétachable de leurs conditions matérielles d’existence, et inversement, les conditions matérielles d’existence sont conçues comme moteur de changement politique.
Voici donc les raisons de la fondation du vaste courant d’écologie politique. Le point commun de toutes les sortes d’écologie politiques est que 1) les humains doivent renouer avec leur environnement, la nature, et pour cela, il doivent se penser comme étant une partie de la nature, au même titre que n’importe quel autre animal ou plante => nouvelle anthropologie environnementaliste qui arrête de donner plus de privilège aux humains par rapport aux restes du vivants, il ne le place plus comme « maître et possesseur de la nature » ; 2) s’ajoute à cela une critique de la technique => elle ne servirai qu’à émanciper les humains qu’en apparence. Elle les déshumaniserait davantage en coupant le rapport à la nature ; 3) et donc aussi une critique du capitalisme => incapable de répondre aux défis de la crise écologique. Ces trois points montrent la nécessité d’une révolution de nos modes de vies et de nos modes pensées => il y a l’idée un changement de paradigme complet.
III- Critique de l’écologie politique : est-elle la recherche d’un rapport réel à la nature ou idéalise-t-elle nos rapports antérieurs à la nature ?
Le problème étant que l’écologie politique se fondant sur une critique de la technique et du capitalisme, en vient à critiquer le progrès humain, critique qui ne permet pas de penser la différence entre un progrès bénéfique et un progrès aveugle, et aliénant. De ce fait, ils tombent sous de nombreux paradoxes : 1) ils cherchent à émanciper les humains de leur rapport aveugle à la nature en les contraignants (question usuelle en écologie politique : faut-il instaurer un pouvoir autoritaire pour enfin mettre en place des mesures écologiques ?), 2) l’écologie se veut à gauche (et donc progressiste et émancipatrice) mais ne propose qu’un retour en arrière en ce qui concerne nos modes de vies qui d’une part, idéalise nos anciennes manières de vivre, et d’autre part, n’est absolument pas réaliste d’un point de vue global car nos sociétés sont principalement tertiaire, nous n’avons pas les structures, les institutions, les compétences, le mode de pensée pour changer si radicalement (par ex : concept de « sobriété heureuse » de Pierre Rabhi), ou encore se veut radicalement anti-social (ex. avec la crise des Gilets jaunes) ; 3) le concept d’autonomie, central pour l’écologie politique, ne peut jamais réellement se penser sans l’idée d’abondance. Donc il ne suffit pas d’effacer les puissances prédatrices liées à l’expansion indéfini du capital pour que renaisse une relation harmonieuse à la nature.
Débat => que pouvons-nous proposer à la place de l’écologie politique comme nouveau rapport à la nature, réel et non pas idéal ?
Définitions :
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Matérialisme historique = inspirée des écrits du philosophe Karl Marx, la « conception matérialiste de l'histoire » est l'idée que les évènements historiques sont influencés par les rapports sociaux, surtout les rapports entre classes sociales, par conséquent par la situation réellement vécue par les êtres humains plus que par les idéologies (ex : découpage de l’histoire en fonction des progrès techniques et non pas en fonction des manières de produire, de travailler => préhistoire où le travail se fait en commun / progrès technique durant l’antiquité avec développement de l’artisanat et donc de la division du travail et où les seules forces productives sont les hommes d’où l’esclavage / progrès technique en industrie et en agriculture à la fin du XVIIIe donc plus de temps aux travailleurs pour se cultiver, donc émancipation juridiques et début du capitalisme, etc.
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Ecologie scientifique = Les premières préoccupations écologistes datent de la fin du XVIIIe siècle, lorsque des voyageurs naturalistes prennent conscience de l’importance de protéger la faune et la flore de certains endroits, notamment sur l’île Maurice (extinction des dodos en particulier). Puis le terme d’« écologie » apparu en 1866 sous la plume de Ernst Haeckel, biologiste allemand darwiniste => (éco (du grec oikos) = maison / logie (du grec logos) = science => science de la maison càd science qui étudie les conditions d’existences des êtres vivants, les rapports qui s’établissent entre eux et leur environnement). L’écologie est considéré comme une science à part qui regroupe plusieurs disciplines : biologie, climatologie, géographie, etc. Il ne s’agit pas de s’intéresser à l’organisme, ou à tel phénomène vital, ni aux ressemblances des espèces les unes avec les autres, mais à ce qui conditionne l’existence des organismes. Darwin apporte une explication à l’origine des espèces et à leur diversification, Haeckel propose d’enquêter sur la manière dont cette idée s’exprime sur le terrain. L’écologie émerge donc de l’étude des conditions dans lesquelles les espèces deviennent ce qu’elles sont. Haeckel dans son ouvrage Morphologie générale des organismes désignait par ce terme « la science des relations des organismes avec le monde environnant, c'est-à-dire, dans un sens large, la science des conditions d'existence ».
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[Rapport entre écologie et économie : même étymologie entre le terme d’économie et écologie => éco du grec oikos = maison / nomie du grec nomos = règle, gestion => gestion de la maison càd bonne gestion du foyer domestique, donc en terme budgétaire. => point commun : l’écologie comme l’économie se concentre sur la gestion d’une part de l’environnement tout entier et d’autre part des sociétés humaines. Les deux ...]
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Anthropocène = ère géologique humaine commençant à partir de la révolution industrielle, càd à la fin du XVIIIe, et qui serait la période durant laquelle l'influence de l'être humain sur la biosphère a atteint un tel niveau qu'elle est devenue une « force géologique » majeure capable de marquer la lithosphère. La période la plus récente de l'anthropocène est parfois dite la grande accélération, car de nombreux indicateurs y présentent des courbes de type exponentiel. Elle désignerait donc une ère où la plupart des phénomènes peuvent être la conséquence d’actions humaines. Mais ce terme soulève un paradoxe (et fait qu’il soit si controversé dans la communauté scientifique) car il dit en même temps que l’humanité s’est doté d’un pouvoir immense mais dont elle n’a pas entièrement le contrôle.
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L’environnementalisme au travers d’Henry David Thoreau = Thoreau est fasciné par les phénomènes naturels et les formes de vie, notamment la botanique, et il consigne dans son journal, qui couvre plus d'une vingtaine d'années, ses observations détaillées et les sentiments personnels qu'elles font naître en lui. Il adoptait avec les années une approche de plus en plus systématique, scientifique, et celui qui était arpenteur à ses heures a pu aussi inventer, un peu, la foresterie et l'écologie. L'amour et le respect de la nature qu'il transmet sont devenus, à mesure que son œuvre a été publiée et connue, une source d'inspiration constante pour des naturalistes amateurs et des écologistes ; tout autant que ses idées économiques et politiques intéressent des activistes sociaux et des adeptes de la simplicité volontaire. Il écrit en 1854 Walden ou la Vie dans les bois qui raconte la vie que Thoreau a passée dans une cabane pendant deux ans, deux mois et deux jours, dans une forêt du Massachusetts. La narration suit les changements de saisons et Thoreau présente ses pensées, observations et spéculations. Il dévoile comment, au contact de l'élément naturel, l'individu peut se renouveler et se métamorphoser, prendre conscience enfin de la nécessité de fondre toute action et toute éthique sur le rythme des éléments. Walden n'est ni un roman, ni une autobiographie, ni un journal naturaliste. Sa dimension critique à l'encontre du monde occidental en fait un véritable pamphlet. La part de l'imagination est conséquente et Thoreau consacre de nombreuses scènes à décrire l'étang de Walden mais aussi les animaux et la façon dont les gens le considèrent du fait de son isolement, tout en dégageant des conclusions philosophiques. Ces longs passages concernant la nature appartiennent à la tradition transcendantaliste et appellent à refondre l'éthique.
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Collapsologie = La collapsologie est un courant de pensée récent qui étudie les risques d'un effondrement de notre civilisation actuelle nommée thermo-industrielle et ce qui pourrait succéder à la société actuelle. En France, l'étude systématique d'un possible effondrement de la civilisation thermo-industrielle a été initiée par l'Institut Momentum co-fondé par Yves Cochet et Agnès Sinaï. Ces derniers définissent l'effondrement comme « le processus irréversible à l’issue duquel les besoins de base (eau, alimentation, logement, habillement, énergie, etc.) ne seront plus fournis (à un coût raisonnable) à une majorité de la population par des services encadrés par la loi ». La collapsologie est nommée et portée à la connaissance du grand-public par Pablo Servigne et Raphaël Stevens dans leur essai : Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes publié en 2015. Selon les auteurs, ce néologisme a été créé pour désigner un champ de recherche qui émergeait dans la communauté scientifique. La collapsologie s'inscrit dans l'idée que l'homme altère son environnement durablement, et propage le concept d'urgence écologique, lié notamment au réchauffement climatique et à l'effondrement de la biodiversité. Les collapsologues estiment cependant que l'effondrement de la civilisation industrielle pourrait provenir de la conjonction de différentes crises : crise environnementale, mais aussi crise énergétique, économique, géopolitique, démocratique, etc. La collapsologie se présente comme un exercice transdisciplinaire faisant intervenir l’écologie, l’économie, l’anthropologie, la sociologie, la psychologie, la biophysique, la biogéographie, l’agriculture, la démographie, la politique, la géopolitique, la bioarchéologie, l'histoire, la futurologie, la santé, le droit et l’art.
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Voile d’ignorance de Rawls = C'est une méthode pour établir la moralité d'un problème (en l’occurrence celui qui cherche à savoir quel système politique serait le plus juste) qui s'appuie sur l'expérience de pensée consistant à se mettre dans une position originelle et à faire abstraction de ses goûts, ses attributs et sa position dans l'espace social qui pourraient obscurcir leur capacité d'arriver à un consensus. Le voile d'ignorance est une façon de penser le système séparément de ses propres intérêts. Ainsi, Rawls demande quel système politique préfèrerions nous si nous étions dans cette position : celui où l’égalité stricte est respectée, mais tout le monde est plus ou moins dans une situation passable ; ou alors dans une société un petit peu inégalitaire mais où ces inégalités procure le plus grand bénéfice aux membres les plus désavantagés de la société ? => voile d’ignorance a donc cette particularité de proposer la justice d’un système politique en dehors de toute conditions matérielles, environnementales, sociologiques, etc.
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Ecologie politique = C’est dans l’entre-deux-guerres que l’écologie scientifique s’affirme aux Etats-Unis, touchés alors de plein fouet par le "Dust Bowl", littéralement bol de poussière. Le Dust Bowl a été l’une des plus impressionnantes catastrophes écologiques, dans la région des Grandes Plaines, dans les années 1930. Ce fut une série de tempêtes, due à un enchaînement d’années particulièrement sèches et chaudes, couplée à des pratiques agricoles intensives. Cet événement a permis une prise de conscience scientifique de l’écologie, mais aussi politique, car l’administration Roosevelt créa le service de conservation des sols (Natural Ressources Conservation Service). En France, dans les années 1960, grâce aux travaux des scientifiques, la société civile prend peu à peu conscience de l’impact de l’activité humaine sur la nature. Cette réflexion scientifique commence à s’associer à une réflexion politique, où l’homme serait à l’origine de dysfonctionnements naturels. Mai 68 joue un rôle important dans l’élaboration de la pensée de l’écologie politique, nourrit des idées libertaires et des réflexions sur la société de consommation. Ce sont des soixante-huitards qui permettent à l’écologie politique de trouver une tribune. En 1972 et 1973, les deux premiers mensuels écologistes voient le jour : Le Sauvage, et La Gueule Ouverte. Parmi les contributeurs de Le Sauvage, il y a l’intellectuel André Gorz, l’un des principaux philosophe et journaliste de l’écologie politique. Ce courant permis aussi la création du parti politique Les Verts, etc. Plus contemporainement, Catherine Larrère eu la volonté d’expliquer pourquoi l'écologie est politique dans son livre du même titre : les différences et les liens entre écologie scientifique, et écologie politique restent flous pour la grande majorité des citoyens. Loin d'être une simple question sectorielle selon elle, l’écologie politique est une vision du monde où les règles de l'expertise, l'exercice démocratique et les relations entre l'homme et la nature sont profondément transformés. L'écologie serait politique car elle implique une refondation complète du modèle économique et social actuel, à travers un processus de transition qui se déploie dans la société comme au sein des systèmes de production et de régulation économiques. De ce fait, elle est politique car elle appelle d'autres règles du jeu politique. En d’autres termes, il s’agit d’un nouveau modèle de civilisation, radicalement différent, capable de transformer les rapports des hommes entre eux, à leur environnement, à la nature. Ce changement se doit d’être si radical qu’aucune de nos catégorie politiques, sociologiques actuelles ne peut nous aider à le penser => nécessité de faire une nouvelle « révolution copernicienne », d’instituer un nouveau paradigme.
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Thomas Kuhn et les paradigmes scientifiques = Le terme de paradigme utilisé par Kuhn dans La structure des révolutions scientifiques, est couramment employé pour désigner un modèle quelconque. Mais pour Kuhn, il s'agit des principes et méthodes partagés par une communauté scientifique. C'est un modèle épistémique qui fait autorité et regroupe les chercheurs pour un temps, puis sera remplacé par un autre à la suite d'une révolution scientifique qui changera profondément les manières de voir. En cela, il rompt avec la façon de faire l’histoire de sciences, prépondérante dans les années 1950, qui supposait une évolution continue par accumulation du savoir selon la méthode scientifique grâce à des découvertes individuelles. Il se réfère à une nouvelle historiographie qui décrit la formation, à un moment donné, d’une conception nouvelle rompant avec la précédente. La nouvelle forme scientifique présente une cohérence interne et n’est pas une affaire individuelle, elle est liée à un groupe formé des maîtres, contemporains et successeurs.
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Bruno Latour et le « Parlement des choses » = Ses conceptions sur les « non-humains » l'amènent à élaborer un véritable programme d'écologie politique. Notant l'impact des découvertes scientifiques sur l'organisation de la société, il souhaite que la Constitution du pays prenne en compte non seulement les humains mais aussi les « non-humains ». À cette fin, il propose la création d'un « parlement des choses », dans lequel les choses seraient représentées par des scientifiques ou des personnes reconnues pour leur compétence dans un champ particulier, au même titre que les députés traditionnels représentent aujourd'hui les citoyens.
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La deep ecology = Arne Næss invente l’expression dans un article fondateur publié pour la première fois en 1973 : « Le mouvement écologique superficiel et le mouvement profond ». Næss rejette l’idée que les êtres vivants puissent être classés en fonction de leurs valeurs respectives. Par exemple, le fait de savoir si un animal a une âme, s’il utilise la raison ou s’il a une conscience est souvent utilisé pour justifier la position dominante des humains sur les autres espèces vivantes. L’écologie profonde ou radicale est donc une philosophie écologiste contemporaine qui se caractérise par la défense de la valeur intrinsèque des êtres vivants et de la nature, c’est-à-dire d’une valeur indépendante de leur utilité pour les êtres humains. Elle attribue plus de valeur aux espèces et aux différents écosystèmes que ne le font les mouvements écologiques classiques, ce qui entraîne le développement d’une éthique environnementale. Tandis que l’écologie classique, bien que développant de nouvelles alternatives, pose toujours la satisfaction des besoins humains comme finalité (anthropocentrisme) et attribue au reste du vivant le statut de « ressource », l’écologie profonde réinscrit les finalités humaines dans une perspective plus large, celle du vivant (biocentrisme) afin de prendre en compte les besoins de l’ensemble de la biosphère, notamment des espèces avec lesquelles la lignée humaine co-évolue depuis des milliers d’années.
Exemplier
Aldo Leopold, Almanach d'un comté des sables, éd. Aubier, 1995, partie I, p. 14 :
« L'écologie n'arrive à rien parce qu'elle est incompatible avec notre idée abrahamique de la terre. Nous abusons de la terre parce que nous la considérons comme une commodité qui nous appartient. Si nous la considérons au contraire comme une communauté à laquelle nous appartenons, nous pouvons commencer à l'utiliser avec amour et respect. Il n'y a pas d'autre moyen si nous voulons que la terre survive à l'impact de l'homme mécanisé, et si nous voulons engranger la moisson esthétique qu'elle est capable d'offrir à la culture. »
Aldo Leopold, Almanach d'un comté des sables, éd. Aubier, 1995 , partie III, p. 283 :
« La montagne qu'il faut déplacer pour libérer le processus vers une éthique, c'est tout simplement ceci : cessez de penser au bon usage de la terre comme à un problème exclusivement économique. Examinez chaque question en termes de ce qui est éthiquement et esthétiquement juste autant qu'en termes de ce qui est économiquement avantageux. Une chose est juste lorsqu'elle tend à préserver l'intégrité, la stabilité et la beauté de la communauté biotique. Elle est injuste lorsqu'elle tend à l'inverse. »
Hans Jonas, Le principe responsabilité (1979), (trad. Jean Greisch), éd. Flammarion, 1998, p. 15-58.
« La thèse liminaire de ce livre est que la promesse de la technique moderne s’est inversée en menace, ou bien que celle-ci s’est indissolublement alliée à celle-là. [...] Le Principe Responsabilité oppose la tâche plus modeste que nous ordonnent la crainte et le respect : […] préserver pour l’homme l’intégrité de son monde et de son essence contre les abus de son pouvoir. Si donc la nature inédite de notre agir réclame une éthique de la responsabilité à long terme, commensurable à la portée de notre pouvoir, alors elle réclame également au nom même de cette responsabilité un nouveau type d’humilité – non pas une humilité de la petitesse, comme celle d’autrefois, mais l’humilité qu’exige la grandeur excessive de notre pouvoir de faire sur notre pouvoir de prévoir et sur notre pouvoir d’évaluer et de juger. »
Hans Jonas, Une éthique pour la nature (2017), (trad. Sylvie Courtine-Denamy), éd. Flammarion, 2017, [discours de remerciement à l'occasion de la remise du Prix de la paix des libraires allemands le 11 octobre 1987].
« L'exploitation abusive de la nature par les hommes, et en particulier par ceux de la société industrielle occidentale, a dégénéré en habitudes de vie. [...] Paradoxalement, l'espoir réside à mes yeux dans l'éducation par l’intermédiaire des catastrophes. [...] Je ne crois pas que le nombre de gens vertueux va augmenter, mais plutôt que le vice ne sera plus publiquement encouragé, qu'il ne pourra plus autant s'étaler qu'aujourd'hui, où il fait même l'objet d'un culte. Du seul fait qu'il disparaîtra de la vue de tous, sa jouissance s'en trouvera de ce fait réduite. S'imposer des limites est la première obligation de toute liberté, la condition même de son existence, car c'est seulement ainsi qu'une société [...] est possible. [...] Ainsi, pour assurer la protection des droits fondamentaux de l'individu par le droit constitutionnel, une protection par le droit constitutionnel des obligations fondamentales de l'ensemble de la communauté à l'égard de l'avenir s'avère-t-elle nécessaire. »
André Gorz, Écologie et politique, éd. du Seuil, 1978, chap. « Écologie et liberté » (1977), p. 18-20.
« Nous savons que, depuis cent cinquante ans, les sociétés industrialisantes vivent du pillage accéléré de stocks dont la constitution a demandé des dizaines de millions d'années et que, jusqu'à ces tout derniers temps, les économistes, qu'ils fussent classiques ou marxistes, ont rejeté comme « régressives » ou comme « réactionnaires » les questions concernant l'avenir à très long terme : celui de la planète, celui de la biosphère, celui des civilisations. [...] L’utopie ne consiste pas, aujourd’hui, à préconiser le bien-être par la décroissance et la subversion de l’actuel mode de vie ; l’utopie consiste à croire que la croissance de la production sociale peut encore apporter le mieux-être, et qu’elle est matériellement possible. »
André Gorz, Écologica, éd. Galilée, 2008, chap. « La sortie du capitalisme a déjà commencé », p. 29-30 :
« La décroissance est donc un impératif de survie. Mais elle suppose une autre économie, un autre style de vie, une autre civilisation, d’autres rapports sociaux. [..] La sortie du capitalisme aura donc lieu d'une façon ou d'une autre, civilisée ou barbare. La question porte seulement sur la forme qu’elle va prendre et la cadence à laquelle elle va s’opérer. »
Pierre Charbonnier, Abondance et liberté, Une histoire environnementale des idées politiques, éd. La Découverte, 2020 :
« J'aimerais à travers ce livre contribuer à la politisation du problème écologique, et plus largement à la construction d'une réflexion collective sur ce qu' est en train de subir le paradigme moderne du progrès. On peut se donner une idée de l'état dans lequel se trouve ce débat en rappelant simplement les deux positions opposées qui le structurent. D'un côté, un certain nombre de données statistiques mondiales témoignent d'une réduction de la misère, de la maladie et de l'ignorance : le revenu médian global a quasiment doublé entre 2003 et 2013, une proportion de plus en plus faible de la population se trouve sous le seuil de grande pauvreté, l'espérance de vie s'accroit et l'alphabétisation se répand, le taux de mortalité infantile et la malnutrition reculent. Certains intellectuels, comme le philosophe britannique Steven Pinker, ont conquis la célébrité en interprétant ce genre de données comme une preuve des vertus de l'utopie libérale. L'assemblage du capital, de la technologie et des valeurs morales centrées sur l'individu, qu'il renvoie de façon quelque peu monolithique aux Lumières, constituerait une formule éprouvée pour tirer l'humanité de sa difficile condition, sur un plan à la fois moral et matériel. Les réussites partielles que connait le schéma dominant du développement sont ainsi interprétées pour faire barrage aux tentatives de réorientation sociale et politique et pour décourager ceux et celles qui, en exigeant plus, ou mieux, fragiliseraient imprudemment cette mécanique du progrès.
De l'autre côté, on trouve naturellement tous ceux et celles qui s'alarment de la dégradation de la biodiversité, de la sixième extinction en la multiplication des catastrophes, et qui vont parfois jusqu'à anticiper la fin prochaine de la civilisation humaine, voire du monde tout court. Sans adopter elles-mêmes la rhétorique de l’apocalypse, les grandes institutions scientifiques chargées d'enregistrer les évolutions du système-Terre, le GIEC et l'IPBES en particulier, nourrissent un légitime sentiment de perte. Mais, de la même manière que l'on doit faire une différence humains Mais de la même manière que l’on doit faire une différence entre l'amélioration de certains indicateurs économiques et humains et la validation d'une théorie du développement née au XVIII siècle, il y a un écart entre les dégâts gravissimes infligés à la planète et l’identification de la modernité à une pure et simple catastrophe. La vogue actuelle des pensées de l'effondrement révèle une conscience accrue de la vulnérabilité écologique, et la conviction de certains qu'il serait trop tard pour sauver le monde n'en est que le point d'incandescence.
Reste que, selon les indicateurs que l'on sélectionne et la façon dont on les hiérarchise, il est possible d'estimer que nous vivons dans le meilleur comme dans le pire des mondes. La philosophie de l'histoire a fixé depuis assez longtemps une opposition canonique, et bien entendu simpliste, entre le récit de la mission civilisatrice universelle de la raison et le contre-récit de la folie inhérente à la volonté de contrôle. Or ce topos théorique est non seulement réducteur en termes d'histoire des idées, mais il nous rend surtout incapables de saisir le problème auquel on fait face : il se trouve en effet qu'il est possible, pour certains du moins, de vivre mieux dans un monde qui se dégrade. La contradiction qui se présente à nous n'est pas une affaire de perception, ni même d'opinion, elle se situe dans la réalité elle-même. [...]
La politisation adéquate de l'écologie se situe donc dans l'interstice qui s'ouvre entre ces deux dimensions de la réalité historique. L'enthousiasme angélique et les sombres prophéties de la fin ne sont que les deux interprétations caricaturales d'une réalité autrement complexe, qui nous contraint à revoir le sens que l'on donne à la liberté lorsque ses dépendances écologiques et économiques mettent en suspens sa perpétuation. »